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A prin prenan, may malina

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Deux chansons à entonner après manger, juste avant boire, pour se mettre en train en souriant bien volontiers de nos travers, en soulignant malicieusement quelques uns de ces traits de caractère qui font de nous des êtres à part appelés à conduire le monde et surtout les Sandre. Les femmes de Grenoble est tirée de la Bourgeoisie de Grenoble de Jean Millet, le bonhomme est d’une misogynie rare, mais qui d’autres qu’une femme pourrait sans se couvrir de ridicule chanter une chanson pareil ?  Les trois bons drôles est savoyarde, sa présence dans le Carnet pourrait surprendre si ce n’était un pur bijou mettant en valeur notre aptitude à réagir promptement et adroitement …

Les femmes de Grenoble – Les trois bons drôles

Les femmes de Grenoble[spacer height= »10px »]Le fene de Grenoblo [spacer height= »0px »]Son de mau contenta.[spacer height= »0px »]Faut avey bonna boursa [spacer height= »0px »]Ela fare tinta.[spacer height= »0px »]Si comme mouche jaune [spacer height= »0px »]On le von arresta.[spacer height= »0px »]Faut din lou jardinageo [spacer height= »0px »]Souven le banquetta.[spacer height= »10px »]Quand i sont à de nopce [spacer height= »0px »]Lour faut tout chapota.[spacer height= »0px »]Jour e not en carrochi [spacer height= »0px »]E le faut charronta.[spacer height= »0px »]I grondont à la couchi [spacer height= »0px »]Si ne sont bien monta.[spacer height= »0px »]Viront lo cu uz homme [spacer height= »0px »]Ne font que repita.[spacer height= »10px »]Les femmes de Grenoble / sont difficiles à contenter / Il faut avoir bonne bourse / et la faire sonner, / Si comme des mouches jaunes  / on les veut arrêter. Il faut dans le jardinage /souvent les faire banqueter.[spacer height= »0px »]Quand elles sont à des noces, / il leur faut tout couper./ Jour et nuit en carrosse / il faut les charrier. / Elles grondent au lit / s’ils ne sont bien pourvus. / Elles tournent le dos aux hommes, / ne font que regimber[spacer height= »10px »]Jusqu’à tant que per terra [spacer height= »0px »]I long ayant jetta.[spacer height= »0px »]Quand lour chambe sont lasse [spacer height= »0px »]Lou pied lour faut gratta,[spacer height= »0px »]Quand la son lez attaque [spacer height= »0px »]Faut vito chuchuta.[spacer height= »0px »]Quant lo jour le réveille [spacer height= »0px »]D’œu frais lou faut porta.[spacer height= »10px »]A la moda nouvella [spacer height= »0px »]Le faut attifetta.[spacer height= »0px »]Per disna faut attendre [spacer height= »0px »]Qu’ell’ ayont bigotta.[spacer height= »0px »]Et qu’après lour servente [spacer height= »0px »]Les ayont tempesta.[spacer height= »0px »]A le carte, à le danze [spacer height= »0px »]Lour faut tout supporta.[spacer height= »0px »]Bien heurou sont louz homo [spacer height= »0px »]Qui le layssont eyta.[spacer height= »10px »]Jusqu’à ce que par terre / elles les aient jetés. / Quand leurs jambes sont lasses, / il faut leur gratter le pied. / Quand le sommeilles prend, / il faut vite parler bas. / Quand le jour les réveille, / il faut leur porter des œufs frais. / A la mode nouvelle / il faut les attifer. / Pour dîner il faut attendre — / qu’elles aient dit leurs patenôtres, / Et qu’après leurs servantes / elles aient tempêté. / Aux cartes, aux danses, / il leur faut tout supporter. / Bien heureux sont les hommes / qui les laissent tranquilles! Artor1Les trois bons drôles[spacer height= »10px »]Nous étions trois garçons bons drôles, [spacer height= »0px »]Mais tous les trois du même accord, [spacer height= »0px »]Voyageant dans tout le pays, Cherchant fortune. [spacer height= »0px »]En leur chemin ont rencontré [spacer height= »0px »]Trois jolies brunes.[spacer height= »10px »]Il les ont pris par leurs mains blanches, [spacer height= »0px »]Au cabaret les ont menées. [spacer height= »0px »]Au cabaret les ont menées, [spacer height= »0px »]Ces jolies filles. [spacer height= »0px »]« Buvons, chantons, divertissons-nous, [spacer height= »0px »]Soyons tranquilles. »[spacer height= »10px »]Mais quand il vient la matinée, [spacer height= »0px »]Ces beaux garçons s’en sont allés. [spacer height= »0px »]Ces beaux garçons s’en sont allés, [spacer height= »0px »]Avec adresse [spacer height= »0px »]En laissant le compte à payer [spacer height= »0px »]A leurs maîtresses.[spacer height= »10px »]Madam’l’hôtesse s’y prend garde : [spacer height= »0px »]En voyant ces amants partir, [spacer height= »0px »]Bien vite elle est montée là-haut [spacer height= »0px »]Dire à ces filles : [spacer height= »0px »]« Tous vos amants en sont partis, [spacer height= »0px »]Soyez tranquilles. »[spacer height= »10px »]Ell’ se regardent l’une l’autre, [spacer height= »0px »]Toutes trois n’ayant point d’argent. [spacer height= »0px »]La plus jeune, tout en riant, [spacer height= »0px »]La plus volage, [spacer height= »0px »]Tir’ l’anneau qu’elle avait au doigt, [spacer height= »0px »]Le met pour gage.[spacer height= »10px »] Ell’s’en va d’un pas dégagé [spacer height= »0px »]A la maison d’son bienaimé, [spacer height= »0px »]« Bonjour papa, bonjour maman, [spacer height= »0px »]Ma très chèr’ mère; [spacer height= »0px »]Votre fils est tombé dans l’eau De la rivière.[spacer height= »10px »]Il vous prie de bonne grâce [spacer height= »0px »]De lui envoyer son manteau. [spacer height= »0px »]Il est là bas au bord de l’eau, [spacer height= »0px »]Tremblant sans cesse ; [spacer height= »0px »]Nous le couvrirons comme il faut, [spacer height= »0px »]Avec adresse.[spacer height= »10px »]Ell’ revient d’un pas dégagé, [spacer height= »0px »]Prend le manteau d’ son bienaimé. [spacer height= »0px »]« Rendez-moi vit’ mon anneau d’or, [spacer height= »0px »]Madam’l’hôtesse : [spacer height= »0px »]Voici un gag’ qui est plus fort. [spacer height= »0px »]Buvons sans cesse ![spacer height= »10px »]Qu’on apporte ici sur la table [spacer height= »0px »]Trente bouteilles de bon vin. [spacer height= »0px »]A la santé de ces libertins, [spacer height= »0px »]Qui nous méprisent ! [spacer height= »0px »]Buvons, chantons, divertissons-nous, [spacer height= »0px »]Soyons tranquilles. »

Cabuna & Chourela

Les Sandre qui ne seront jamais que de grands enfants ont eux aussi besoin de cabanes, de refuges …

Onte courrata ? Bona menageiri vaut una vercheiri – Itié - Cocouare – De moieno ni de pingeon n’attafei din ta mayson – Du pié ou de l’eipala, lo poulen sembla la cavala – Filli que landre, tabla qei brande,  fenna que parlo latin,  ne faron jamais bona fin – Quan la noui ei bien cergnié,  u la faut richassié – Sandre – si l’argéu aveit des oéu, et la chiura  den dessu, tout lo mondo sarit perdu

 

Cab« … La panse n’ayant qu’une ancre, il lui en avait fait, lui-même et lui seul, une seconde. Cette ancre était excellente, l’organeau avait la force voulue, et Gilliatt, sans que personne ne le lui eût enseigné, avait trouvé la dimension exacte que doit avoir le jouail pour empêcher l’ancre de cabaner. »
Victor HUGO, Les Travailleurs de la mer.

Cabanes, cabuna etc…

Cabuna, s. f. — Cabane, refuge Construction rudimentaire servant d’habitation, d’abri ou de resserre

« U se vat repeirié deden quoque cabùna. » Laurent de Briançon. La Vieutanci du courtizan
« Lon trove bien plusto lou bien de la fortuna din una grand meison que din una cabuna. » Jean Millet. La Pastorale et tragi-comédie de Janin

Cabanette : Embarcation qui porte en son milieu une sorte d’abri
Cabanier : Propriétaire d’une cabane (de pécheur)
Cabanon : C’est un p’tit cabanon pas plus grand qu’un mouchoir de poche…
Cabanon : Cellule
Cabaner : Se mettre à l’abri, se retirer, les enfants cabanent et ils ne sont pas les seuls[spacer height= »0px »]Cabaner : Se dit de l’ancre qui glisse sur le fond[spacer height= »0px »]Cabanage : Action de cabaner, lieu où l’on construit des cabanes (le vignoble)

Cabaner : Incursions au désert

Cabaner : Se réfugier dans sa cabane, s’abriter, s’abstraire du monde comme le chamane dans sa grotte, l’enfant sous son lit, le chien dans sa niche, Socrate sous un porche, le prisonnier dans son cachot, le fou ou le moine dans sa cellule , le vigneron dans sa cabane, l’ermite au Désert
Mais les déserts sont divers, désert d’Égypte pour Saint Antoine, clairière cévenole pour les Camisards, forêt profonde pour Saint Blaise, Mer pour Saint Honorat, mer de vignes pour le vigneron, friche industrielle, terrains vagues pour les irréguliers des villes … C’est le solitaire qui fait le désert et le solitaire peut être n’importe qui, tout le monde. L’ Appel est souvent insidieux : Lassitude, besoin de s’arrêter, de se retrouver. Le désert est un espace paradoxal, Le calme et la solitude sensés y régner sont très relatifs. La retraite du sage et du saint est peuplée de distractions, de tentations, de fureur et de bruit. Tout retrait du monde est subversion, transgression.
  
Les cabanes de vigne n’étaient pas uniquement dédiées au travail (abris pour les outils, dispositif pour recueillir et stocker l’eau) elles étaient aussi et surtout des refuges où pouvait se développer à l’abri des regards, loin du bourg, de ses conventions et de ses contraintes, une sociabilité masculine forte en gueule, maudissant le désordre établi, défiant le mauvais sort, rêvant cocouares, ripailles et beuveries… Les Cabuna de vendeïmou, lieu de perdition, vaisseau de pirate, cabanette de contrebandiers glissant sur une mer de vignes, ancré à la limite des treilles le long de chemins « quais » ?
  
Mais le havre est précaire, la cabane dérive, l’ancre cabane… Le soir se hâte, il convient de rentrer à l’heure pour le repas et de marcher le plus droit possible en traversant la place. Le travail presse, la saison avance, il faut finir la taille, ne plus penser qu’à la récolte, le cabanier – le propriétaire de la vigne – attend son terme. Le village aura toujours raison du désert. La bonne éducation, les convenances, l’image, le paraître l’emporteront toujours…

Cabuna, Chourela atou

Chouréla, s. f. — Raisins que les grappilleurs trouvent après les vendanges.

- Au sens propre : Ce qui a été oublié (volontairement ou non) lors de la récolte : raisins (Regriçonâgeo, Griçon), noix (Nuis), châtaignes (Grola), blé (Bla), orge, (Eurgeo), avoine (Civada), tout ce qui peut se glaner. Le glanage, vieil pratique de nos campagnes, droit coutumier, le glanage à très forte connotation biblique. Le glanage, principe de la pensée choureleuse.

« Laissez-lui glaner entre les gerbes, et vous, ne la molestez pas. Et même ayez soin de tirer vous-mêmes quelques épis de vos javelles, vous les laisserez tomber, elle pourra les ramasser et vous ne crierez pas après elle… Ruth glana dans le champ jusqu’au soir, et lorsqu’elle eût battu ce qu’elle avait ramassé, il y avait environ une mesure d’orge » Livre de Ruth 2-15

- Au sens large : quelques vestiges du vieux Dauphiné :
[spacer height= »20px »]Patoué - Les patois[spacer height= »0px »]Félibourda – Les contes et légendes[spacer height= »0px »]Vicailli - Les plats et saveurs disparus[spacer height= »0px »]Médecena – Les remèdes anciens
- Outils et techniques abandonnées un temps mais qui reviennent peu à peu (circuits commerciaux courts, agricultures biologiques…)[spacer height= »0px »]canton, Couste et bourgea, ces vignoble qui couvraient jusqu’au milieu du siècle dernier les coteaux et des vallées. Des vignobles modestes, produisant un vin destiné à la consommation locale, des vignobles dont ne subsistent bien souvent que des cabanes en ruine, de vieux murs, des champs de ronces, des cerisiers moribonds… Disparus mais bien vivant dans la mémoire collective au point que parfois ils renaissent : recherche de vieux cépages, remise à l’honneur de vieilles méthode, culture bio, circuits courts de distribution[spacer height= »0px »]Iglesi, Berlio, Chatellai, Chosal, Ferma … Les monuments, églises, chateaux… Le patrimoine bâti grand ou petit, rural ou urbain« [spacer height= »0px »] Le savêr, Les savoirs, connaissances et savoirs faire, l’autre patrimoine

Cabuna per chourelâ et chourella

Chourelâ , v. a. — Aller à la recherche des fruits oubliés soit par les vendangeurs, soit par ceux qui ont abattu les noix ou les châtaignes. Grappiller. Glaner. Tout est question de proportion et de calendrier, du glanage au chapardage, il n’y a qu’un pas, facilement franchi au pays de Mandrin et de Jean le Broé[spacer height= »0px »]Chourela.fr – Cabuna pour choureleurs aujourd’hui disparu, remplacée par courircaretcanton
Quauquarin des Chourêlas [spacer height= »0px »]Chourêla, s. f. — Chevrotte, membre éminent de la Gnia, rédactrice en chef de la section « Escapades » de Courir Car et Canton, personnage clé de La Jarboleta, lo Chaudeiro et lo Fignolou [spacer height= »0px »]Chourèlla, s. f. — Instrument pour choureler. Un panier, un sac, un ciseau, un grand bâton pour gauler les dernières noix...[spacer height= »0px »]Mais aussi : Tout ce qui favorise l’expression de l’imagination, de la créativité, du rêve… Les carrochi de l’emo, les carrochi per chourela, les véhicules pour voyages en Imaginaire.

« Le voyage je connais, et le véhicule je l’ai pris plus d’une fois… » A Blondin, Un Singe en hiver

L’alcool pour Antoine Blondin et une foule de voyageurs, la mescaline pour Michaux, l’appel du large, l’envie de vivre, le besoin de respirer, l’ailleurs : Graffitis, peintures, chants, poèmes, délires architecturaux des adeptes du Facteur Cheval aménageurs de cabanons pour dimanche entre amis, peintures de Saint Jean Baptiste de Vif, descente de la Durance par les radeliers d’Embrun, inauguration par des félibres du buste de blanla Comtesse Béatrice à l’ombre de la cathédrale de Die, les cabanes de vigne en marge du bourg, de son conformisme et de ses conventions, cœur d’un monde inquiétant et fascinant où Bacchus, Vénus, le Grand Pan à l’accordéon et Apollon au violon menaient le bal…  Une chaise, des bouteilles  pour une installation de Blandine Leclerc dans une vieille cabane de vigne sur les hauts de Champrond à Vif

La Mitta Dzaou, la Lioura & lo Toyeno

Épopée dauphinoise drolatique. Une fatorgue de Childéric, trafiquant d’histoires

L’Histoire

ChevLe Voyage d’Antoine C. du Chatelai de sa Mare jusqu’à l’aplan d’Azincourt où il eut, la fameuse nuit de la Saint Crépin, la révélation d’un système du monde élevant les contes et légendes du vieux Dauphiné au rang des mythes fondateurs de l’Humanité et le patois Grenoblois en rival du Grec ancien. Un voyage initiatique, une tracolet storie de par itié.

Ingrédients

- Des animaux fabuleux : Une Moitié de Poule, Un lièvre blanc bavard exégète de Jean de l’Ours et fin connaisseur de la légende arthurienne à la recherche du Merle Blanc qui lui rendra sa forme humaine, une moité de poule près de ses sous, un ours météorologue, un cheval mélomane…

- Des Êtres plus fantastiques encore : Le Magou (le diable), le Boucan (le destin), Les cages (dragons) des fossés de Grenoble …

- Des personnages illustres : La Chapironette de Saint-Oyand & la Comtesse de Die, femmes de lettres, La Coti et la Laudha, ribaudes, Perceval le Gallois et quelques compagnons, Chevalier, Henri V d’Angleterre, Roi, Jean de Berry, esthète et frère de Roi, Charles d’Albret, Connétable de France, William Shakespeare écrivain… Et d’autres non moins connus !

- Du danger, du bruit, de la fureur, des mystères & de l’amour…

- Et même un miracle !

Structure du récit

- Durée : 1h 30
- Langue : Français largement mâtiné de patois.
- Un récit modulable et interactif dans l’esprit des « veilleries » d’antan.
- Un ensemble de contes et de légendes dauphinoises pour fil conducteur : Jean de l’Ours, le Merle Blanc, Moitié de Poule, Jean le Broé, Pitchon et Pitchounette, le pet de l’ours et quelques autres.
- Chemin faisant, une approche du vieux Dauphiné (histoire, patois, cuisine, pharmacopée…) et quelques considérations sur l’interprétation des contes et leur vraie nature.

Berloda / Tarifs : A débattre

Renseignements : Atelier de la Granatari Tel : 04 56 33 51 19 / Mail : childeric@lagranatari.com

 

Les jaquety du Voconce

La « tracolet storie » du Voconce au pays des festivals. Les choses qu’il y a vues et entendues en cherchant sans vraiment la chercher l’Inaccessible Étoile, celle qui, celle que…

TravauxLa Festivalie s’affiche[spacer height= »0px »]Mon honorable collègue Boissard travaillant sur catalogues, je me suis dit que je pourrais travailler sur affiches…

 

 

 

 

l’Archipot

L’Archipot, le vrai, appartient à la mythologie dauphinoise. Dans la grande geste des Sandre dauphinois, le signe d’élection, la Pentecôte, c’est la dégustation de l’Archipot.

Onte courrat ? Itiè ! - La Olâ de LesdiguièresGouteron en l’honneur de Wokabi – Le ratafia

Vic1Une folie culinaire que se voyaient servir, dans une auberge perdue de l’Oisans, quelques initiés réunis là on ne sait pas par qui, comment et pourquoi. L’Oncle, le rebouteux, qui avait parcouru pendant des années et des années le Vercors, l’Oisans et la Chartreuse pour vendre ses remèdes et dispenser ses soins racontait, avec une émotion bien réelle, avoir mangé au Rivier d’Allemont un plat qu’il ne connaissait pas, qui ressemblait à la fressure d’agneau mais n’en était pas, qui embaumait, fondait dans la bouche, sublimait le goût des carottes et des pommes de terre et l’avait mis avec ses commensaux – qu’il n’avait pourtant jamais vu – dans une sorte de transe religieuse… Une merveille, un miracle…
Je me suis souvent demandé, connaissant le bonhomme et ses spécialités, s’il n’avait pas ce jour là bu, fumé ou mangé une de ces substances qui, pour être naturelles, n’en sont pas moins hallucinogènes. La Gran de qui je tiens cette anecdote se portait garante de la sincérité de son frère dont la vie était certes loin d’être exemplaire (il était célibataire, la pire des tares à ses yeux, la porte ouverte à tous les excès…) mais n’en était pas moins un personnage remarquable qui ne pouvait qu’être admis un jour à la grande table de l’Archipot. C’était un plat de rois, réservé à des rois. Des rois qui n’en étaient pas vraiment, même s’ils jouaient volontiers les despotes, plutôt des aristocrates, la crème de l’aristocratie ouvrière et paysanne, des personnages à la Giono époque Trièves, paysans, bucherons, gantiers, métallos, durs au travail, maitres en leur métier, unanimement respectés, craints de tous… Sauf bien entendu de leur femme et de leur mère pour qui ils ne seront jamais que des Sandre par nature lâches, menteurs, nonchalants et cavaleurs. Au grand théâtre des Sandre certains se contentent de faire de la figuration (le tout venant, les plus nombreux, les moins dangereux, les plus honnêtes, votre Sandre, le mien…) d’autres sur-jouent (les politiciens, les élus, les notables, les encuras…) une minorité (les rois en question) donnent plutôt dans le genre Actor’s Studio…
Intriguée, j’ai essayé d’en savoir plus, et même envisagé d’en préparer un pour la grande fête du quartier. Mais tachez moyen de faire une préparation pareille dans un F5 type année cinquante, même avec vue imprenable sur la Romanche et la montagne de Séchilienne !
L’Archipot remonterait, d’après René Fontvielle au XVI siècle, mais vu l’imaginaire dont il est doté, tout porte à croire qu’il était beaucoup plus ancien.

La recette parait simple…

- Nettoyer la panse, les boyaux et les poumons d’un agneau, d’un mouton ou d’une chèvre.
- Les faire bouillir dans un court-bouillon pendant un quart d’heure.
  -Les couper très fin avec des ciseaux (d’où le nom de chaplat-couarz)
- Mettre dans une coquelle avec un autre bouquet et des épices et les faire cuire à feu doux dans du vin blanc pendant trois heures environ.
- Avant de servir napper d’une sauce confectionnée avec le jus de la cuisson, du sang, et de crème fraiche
- Servir avec des carottes, des pommes de terre et des navets blancs.

… Mais la réalisation l’est beaucoup moins

Tachez moyen de trouver le moindre boyau dans le commerce ! Votre boucher, s’il en reste un par chez vous, ne vous sera d’aucun secours. Au mieux, il compatira et vous confiera, sous le sceau du secret, ce que vous saviez déjà, qu’il est devenu un simple revendeur, qu’il est livré par un boucher en gros, qu’il ne va jamais aux abattoirs, qu’il ne sait pas grand-chose des bêtes qu’il vend, si ce n’est qu’elles ont bien été suivies par les services compétents. Évidemment ajoutera-t-il, tout ému, du temps de son apprentissage c’était autre chose. On allait chercher les bêtes à la ferme, on les ramenait dans la bétaillère ou attachées au bout d’une corde et sur l’étal la pièce de viande avait une étiquette indiquant le nom de l’éleveur et de la bête… Maintenant tout est contrôlé, vérifié, mais des numéros sur des tampons ne feront jamais oublier les Marquise et autres Renaude… Compatissez et quittez le sur un large sourire afin qu’il ne perde pas tout espoir de vous voir dans quelques années, Gran d’une nia d’une vingtaine de têtes, redevenir une de ses meilleures clientes contribuant à écarter la menace de devoir un jour officier derrière une vitre chez Carrefour ou Leclerc…
Faute de solutions légales reste l’abattage familial ou clandestin, le marché noir, la débrouille… Pas de quoi effrayer une bonne dauphinoise. Mon salut : le garde champêtre, pas le Rambo actuel, l’ancien qu’on peut croiser tous les jours, plusieurs fois par jour même, entrant et sortant du bar de l’Hôtel de ville. Il avait été boucher dans sa jeunesse, c’est un passionné de cuisine, grand fabriquant de saucissons et de boudins fourrés aux poireaux, adepte inconditionnel de l’abattage clandestin. Un bon vivant, un vrai magnaud … J’imagine bien la scène…
- Il vous faut un agneau Mâme Sandrine ? Aucun problème. Le tuer ? Rien de plus simple. Le vider ? Cela va sans dire. Du sang ? Bien évidemment ! Préparer les viscères ? Il voudrait bien mais il part chez sa belle mère, chercher du rosé…
- Vous en voulez du rosé Mâme Sandrine ?
Je m’en tire avec trois cartons, mais puisqu’il est fameux et que j’ai enfin mes abats…

La Veille

Me voici dans la salle de bain, avec deux seaux en plastique sur une table recouverte d’une vieille toile cirée, l’un contient les poumons, l’autre la panse et les boyaux. Pour chasser toute velléité de découragement ou prévenir un début de répugnance j’ai bien pris soin de mettre au frais deux bonnes bouteilles de blanc de Bernin.
- Passer au local animation en bas de la tour chercher le tripatte du centre de loisir. Une sacrée invention cette antenne « jeunes » ! Il faudra que je vous en parle… Le coordinateur en personne m’a reçu, m’a fait signer une décharge, pour un peu j’aurais du laisser ma carte d’identité en gage ! Ils y tiennent à leur tripatte, c’est la seule chose qui n’ait pas encore été volée ! Je l’ai installé dans la cuisine par terre, à la place de la chienne entre la machine à laver et le réfrigérateur. Comme je n’ai qu’une bouteille de gaz, il m’a fallu débrancher la cuisinière. On mangera froid ce soir. La chienne que j’ai installée dans le couloir, derrière la porte d’entrée, me regarde d’un œil navré…
- Commencer par les poumons. A ce stade tout est encore simple, enlever la trachée, les plus grosses veines et passer le tout sous l’eau. Affuter le couteau de temps en temps (il me reste tout un stock de pierre à aiguiser de l’ancienne SAMA). Tailler dans la masse franchement.
- Continuer par la panse… Pour la nettoyer correctement, il importe de la retourner. Inciser vers le bas, une ouverture juste assez grosse pour passer la main. Enlever soigneusement l’herbe et la paille qui peut s’y trouver, pincer la paroi du fond et retirer la main. Au besoin fermer les yeux… Laver la chose abondamment sous le robinet d’eau froide, puis l’échauder en la trempant dans un bain d’eau juste assez chaude pour pouvoir y plonger la main sans se brûler. Ensuite la racler avec une lame de couteau émoussée pour enlever les petits picots qui tapissent la membrane. C’est une opération longue, fastidieuse, mais indispensable. Passer régulièrement la panse sous l’eau. Un dernier petit séjour dans la cuvette sous le robinet d’eau fraîche, une plongée dans l’eau chaude, et la mettre avec les poumons dans la grande casserole que m’a prêtée le garde champêtre. Une marmite de professionnel qu’il a achetée pour une bouchée de pain quand le traiteur a pris sa retraite. Il en a quatre, que je ne me gêne surtout pas si j’en ai besoin. A propos, il se rappelle qu’il ramènera aussi un petit rouge. Vous ne voulez pas que je vous rapporte du rouge Mâme Sandrine ? J’en réserve trois cartons.
- A propos de Rouge, s’offrir un petit verre de blanc sans faux col.
Reste les boyaux. La scatologie étant le registre préféré de mes collègues mâles, je m’abstiendrai d’en parler. Faut-il tout mettre, oui ? Non ? Sinon lesquels ? Je ne sais pas… Faisons comme si tout s’était passé dans les règles. Il y a bien deux heures que je me démène dans le sang, les sucs, et les bouillies verdâtres et jaunâtres, j’ai bien droit à un autre petit verre de vin.
S’arrêter pour ce soir, mettre tout au réfrigérateur, rassembler les enfants et partir à la messe, enfin ce qui en tient lieu depuis qu’il y a plus de curés.

Le jour même

Se lever avant le chant du coq et préparer le bouquet garni (brins de poireaux, branches de céleris, persil, thym) pour la première cuisson. Mettre les viscères, le bouquet garni, quelques oignons et quelques carottes dans la marmite du garde champêtre, couvrir d’eau et laisser cuire un bon quart d’heure à eau frémissante.
Ne pas omettre à ce stade de la préparation de déléguer un peu et de concéder à votre Sandre, une petite place à vos côté, dans votre. Il videra la marmite dans une grosse écumoire (prêt du garde champêtre contre l’achat de six bouteilles de vin blanc) puis, à l’aide d’un grand ciseau bien affûté, il coupera les viscères en morceaux. Il a fière allure dans ces moments là le Sandre. Il n’est plus ce retraité affairé qu’il s’évertue de paraître, cette ombre fuyante à la recherche d’un semblant d’existence. Il est à sa vraie place aux marches de la cuisine familiale secondant, épaulant son épouse comme le faisait jadis son père le jour des oreilles d’ânes ou des bugnes.
Lui permettre de partager avec vous un autre petit verre de blanc. Mais gare aux attendrissements ! Il faut encore rincer la marmite, ouvrir une bonne dizaine de bouteilles de blanc, les verser sur les viscères qu’il vient enfin d’achever de couper.
Ajouter le bouquet garni, les carottes coupées en rondelles, les oignons piqués de quelques clous de girofle, du poivre au moulin, des grains de genièvre… Il n’est pas de cuisine dauphinoise sans genièvre.
Attraper à deux la marmite – il pourrait le faire seul, mais à deux le geste est plus beau – et la déposer dans un même élan sur le tripatte pour trois bonnes heures de cuisson.
Trois heures devant le feu ! Il est grand temps d’ouvrir une deuxième bouteille, d’autant que les voisines en se rendant à l’église ne manqueront pas de passer me saluer. Fatima et Zohra ne vont pas à l’église ? Je sais, mais elles passeront, c’est certain… On parlera des enfants, de mon Sandre et du leur… Et nous boirons un petit verre…

la Reveison de la Sandrine

C’est alors qu’il s’est passé quelque chose de pas ordinaire et que je ne vous raconterais pas si ce n’était l’occasion de vous rappeler qu’il ne faut jamais agir à la légère avec tout ce qui touche à la mythologie ou au sacré… Il faisait chaud dans la cuisine. L’archipot embaumait. Dans le couloir la chienne s’agitait. Dehors le vent s’était levé, plus aucun nuage dans le ciel, un soleil éclatant. La Romanche grondait plus fort que d’habitude. Les enfants avaient déserté la pelouse et les ados leur banc. Le parking était désert. Pas une voiture sur la route. Un profond silence. Et tout à coup un bruit de ferraille, un bruit que je connaissais bien. C’était le tacot de mon enfance, le gros tracteur vert foncé des VFD avec une large bande rouge, le train de Livet dont les rails ont été arrachés il y a bien 40 ans qui venait de s’arrêter devant la cité… J’allais à la fenêtre et je les vis toutes les cinq descendre d’une voiture de l’ancien tramway attelée entre deux wagons remplis de futs de carbure : L’Adelphine avec son éternel cabas d’où dépassait un parapluie qu’elle n’ouvrait jamais, La Maria avec son renard autour du cou, La Fine, l’Alice et la Paulette… La fine fleur des pétroleuses du temps des Tissages. Elles parlaient fort, faisaient de grands gestes et riaient comme des bossues en montrant le mécanicien qui était descendu de sa machine pour les aider. Pas besoin de vous dire ce qu’elles se racontaient, sachez seulement qu’elles le disaient en bon patois… Une jeune femme arriva sur un grand cheval blanc, c’était Philis de La Charce suivie de Marguerite de Bressieux et de ses compagnes de malheur dans leur tunique noire de chevalier… Vingt chevaux harnachés de velours et d’or attachés au dernier platane de la cour… Surréaliste ! Puis apparut la Marie Escale qui à la fin du repas raconterait bien une de ses histoires, la Claudine Bérenger que son pare avait marié à ce baiana de Disguière, la Béatrice de Die qui nous chanterait quelque chose et la Brigitte dont le discours sur l’égalité des sexes ferait crouler de rire l’assistance. Zohra et Fatima étaient arrivées portant chacune un grand plat de pâtisseries. La Margaud, la China – promue authentique Chienne de garde – trônait au milieu de la pièce devant les portraits de Louise Michel et de Marie Antoinette …
Il me fallut bien deux petits verres de plus pour me rendre à l’évidence, le tout Dauphiné était dans ma cuisine !
« Ce qu’il a de meillou, de pru biau et de noblo
Et lo bon vin de coute u veiro entassa [spacer height= »0px »]usse revicola lo cour d’un trepassa
Talamen qu’en son ran chacuna s’approchave,
et dents et meisselar, couragiousa amolave… »
[spacer height= »10px »] »Et le bon vin des côtes qui remplissait les verres eût revigoré le cœur d’un moribond. aussi, l’une derrière l’autre, chacune approchait en aiguisant avec courage ses dents et ses molaires… »
Il était urgent de servir avant que le chahut s’installe par trop…
Préparer la sauce et servir chaud
J’ai mis à chauffer les magnifiques assiettes décorées de grandes fleurs de l’herbier des colporteurs de l’Oisans, cadeau de mariage de la Gran. La Claudine qu’est un peu timide et que tout ce bruit fatiguait m’avait rejoint à la cuisine et remplissait les assiettes pendant que je préparais la sauce qui apporterait la touche finale, les saveurs essentielles.
Récupérer tout le jus qui reste dans la casserole, le mélanger avec un peu de farine et de sang en remuant régulièrement pour que le mélange peu à peu épaississe. Dès qu’il a pris de la consistance, réduire le feu, tout en continuant à remuer pendant une bonne dizaine de minutes. Ajouter une grosse cuillère de crème fraîche pour le moelleux.
Verser sur les assiettes fumantes et servir avec des pommes de terre cuites à la vapeur, des navets et des carottes. Et servez chaud ! Je ne vous dis pas le triomphe !

Epilogue : Wokabi 

Prudent, le socio-cul chef que j’avais invité pour la forme, avait envoyé une de ces monitrices, une gamine de vingt ans toute maigre qui n’avait pas l’air d’avoir dormi beaucoup la nuit précédente et surement pas seule. L’Archipot terminé, en grignotant les pâtisseries de Fatima, on entreprit l’éducation de Wokabi (c’était le prénom de la petite).
L’Alice lui expliqua les avantages du pisser debout et de la culotte à trappon (…Tu vas toujours derrière la haie, mais aucun risque d’être surprise, tu peux voir par-dessus ce qui passe alentour, et puis plus tard, si tu veux t’en payer une tranche, avec ton Sandre bien sûr, rien de plus simple…) La Maria fustigea la mode du stringue et de l’épilation – une invention de Sandre – et renchérit sur la portée révolutionnaire du trappon qui met la femme au niveau de l’homme au moins quatre fois par jour dans une fonction essentielle… Une des compagnes de Marguerite lui indiqua quelques gestes simples pour mettre en déroute d’éventuels agresseurs en leur cassant un bras, déboitant un genou ou écrasant les baloches… La Brigitte se demandait si Benoite Groult était vraiment la pionnière qu’elle pensait…
Zohra dansa, la Maria y alla de son rigodon et la Béatrice entonna A Chantar Mer... La petite était aux anges. Quand elle partit, serrant contre son cœur la culotte de la Gran que je lui avais donnée, elles entonnaient tout juste « Les Canuts », suivrait « l’Internationale », tout le répertoire de la Commune et des Chouans… J’eus une pensée émue pour ce coquelet de coordinateur enfance / jeunesse qui n’avaient plus ni plumes, ni crête, mais ne le savait pas.
L’Archipot est un plat de reines !

La Olâ de Lesdiguières

Une recette peu commune, un plat digne du cuisinier de Grangousier. Pour une vraie cuisinière l’apothéose, le rêve… Bobonne faisant la nique à tous les chefs chichiteux du Michelin. Après l’Archipot, il était impossible de faire moins…

Onte courrata ? L’Archipot – itiè ! – Gouteron en l’honneur de Wokabi

Vic2D’abord rassembler les ustensiles nécessaires, une marmite de 150 à 200 litres, et deux autres plus petites entre 50 et 100 litres chacune. Une seule adresse, l’ancien garde champêtre. Il est d’accord, à cette date là pas de problème.
- Et que comptez-vous faire cette-fois-ci Mâme Sandrine ?
- Une daube, la daube dauphinoise, celle de Lesdiguières…
Il devient tout pâle, il bredouille, il en a entendu parler, un plat fabuleux, la merveille des merveilles, un plat mystique, mythique… Les deux, je le rassure… Vous voulez faire une Daube ! La Daube ! Le choc a été rude, mais il se remet… La daube… Il n’y a que moi pour avoir des idées pareilles… Il se remet vite même. Me parle de son frère qui est boucher, un vrai boucher qui me ferait des prix, et même un sacré rabais. Que ne ferait-on pas pour la daube ? Je lui passe ma liste :

Ingrédients

- 12 à 15 bandes de lard bien gras et bien frais d’une largeur de trois doigts environ
- 20 pieds de porc blanchis, fendus en deux dans le sens de la longueur.
- 40 paquets de couennes ficelés.
- Une langue de bœuf entière parée et dégraissée
- 6 pieds de veau d’un beau blanc rosé, fendus comme les pieds de porc dans le sens de la longueur et auparavant blanchis.
- Une tête de veau désossée et ficelée
- 8 kg de bœuf dans la culotte en deux quartiers, l’un de 5 Kg, l’autre de 3. Dégraisser chaque pièce, bien évidemment les larder finement cela va sans dire…
- Un gros dindon ou deux belles poules.
Pas de problème. Rien que du premier choix et pas du congelé, il me l’assure.
Il vous faudra bien des légumes aussi… Derrière sa boucherie il a un jardin… Si vous voyiez ce jardin Mâme Sandrine… ! Pas d’engrais chimique ou de désherbant, du fumier des vaches du Plateau et de l’huile de coude. Du bio avant l’heure. Une merveille de potager, arrosé avec de l’eau du canal de la Romanche, travaillé à la bêche, désherbé à la main par la belle sœur… Et les doryphores, je le croirais si je veux, il les écrase entre ses doigts, les courtilières et les limaces, il les coupe en deux au sécateur… Un vrai massacre !

- Cinq douzaine de carottes de taille moyenne,
- Deux douzaines de tomates (des grosses),
- 6 gros oignons, 2 têtes d’ail, du thym, du persil.

Pas de problème, avec lui jamais de problème… Pour la noix de muscade et les piments rouges séchés, son frère fait aussi un peu le traiteur… Pas de problème, je vous dis, pas de problème… Si le socio cul chef entendait l’accent employé, il s’étoufferait d’indignation …

- Ah, Il me faudrait aussi du vin, 10 bouteilles de vin rouge et 5 bouteilles de vin blanc.
Je viens de rompre l’enchantement, Il est désolé, je lui en aurais parlé la semaine dernière… Il arrive juste de chez sa belle mère… Il m’en aurait rapporté. Du fameux ! Mais il connait un gars qui fait le marché… Pas de problème !

Palabres & préalables

Il lit la liste, la relit encore… Quelque chose le chiffonne, il craint que ma daube ne soit trop grasse, il me conseillerait presque de supprimer les bardes de lard… Et puis il y a la tête de veau… Pourquoi une tête de veau ? Quant au vin, six bouteilles de rouge et trois de blancs devraient suffire… Pourquoi du blanc d’ailleurs ? Il réfléchit, il n’aime pas réfléchir, il n’a pas l’habitude, mais l’enjeu est d’importance… Évidemment c’est une vieille recette, les vins ne sont plus les mêmes, autrefois on peinait à faire du 8,5… Il faudrait revoir les proportions, Mais sur quelles bases… Aller va, Mâme Sandrine, il y un dieu pour les cuisiniers ! Et si vous avez besoin d’aide, n’hésitez-pas !
Pour la cuisson l’idéal serait d’avoir une grande cheminée comme dans les châteaux d’autrefois. A défaut de cheminée de pierre reste le tripatte du service animation… L’animateur du local – je ne vois vraiment pas ce qu’il anime d’autre – semble vraiment ennuyé de me voir. Depuis l’affaire de l’Archipot il se méfie… Il voudrait bien me le prêter, mais le règlement du centre est strict et ce projet (c’est son mot fétiche) ne s’adresse malheureusement pas à toute la cité… Une recette avec des pieds de porc, 20 pieds de porc, ici ! Et le Dauphiné, toujours le Dauphiné ! Personne ne connait plus le Dauphiné !
Je croyais avoir tout entendu, mais là… Conscient d’avoir commis une gaffe, se souvenant que je tutoie le maire qui se fait tout petit quand il me croise, que j’ai le bras long (surtout quand je lui mets mon parapluie comme rallonge), que je connais l’ancien garde champêtre qui a une langue de vipère et ses entrées en mairie… Il essaie tant bien que mal de se rattraper… Finalement dans la mesure où ce projet est intergénérationnel (Il ne me traiterait pas de vieille par hasard ?) et peut contribuer efficacement à la dé-ghettoïsation du quartier… Il est allé me le chercher… Ma carte d’identité en gage… Je plaisante… Qu’il passe ? Bien sûr ! Il viendra.

Le Grand Œuvre

La veille du Grand jour, entre la neuvième heure et la minuit, disposer dans la marmite tous les ingrédients :
- Sur le fond les bandes de lard,
- Par-dessus la viande en couches bien tassées et les légumes.
- Les carottes coupées en deux ou en quatre,
- Les tomates tranchées par le milieu
- Les oignons entiers plantés chacun de 4 clous de girofle,
- Les deux têtes d’ail dont les gousses seront dispersées.
- Le gros bouquet de thym et de persil.
- Les 10 feuilles de laurier.
- La noix de muscade râpée
- 12 petits piments rouges séchés
- 10 bonnes poignées de sel de cuisine et cinq fortes pincées de poivre blanc en grain concassé
- Verser sur le tout 10 bouteilles de vin rouge et 5 bouteilles de vin blanc.
Mettre pour demain deux bouteilles de Condrieu (au diable l’avarice !) au réfrigérateur. Tout ce vin pouvant attirer les convoitises, troubler des âmes simples, barricader la porte de la cuisine et installer la chienne devant pour la nuit. Prendre un petit ratafia, dire une bonne prière et se glisser dans le lit.

- A quatre heures du matin : se lever et prendre un bon bol de lait avec des tartines de beurre et de confiture, éventuellement deux bonnes tranches de jambon cru avec des rillettes et un ou deux verres de Condrieu. Un gros bol de café bien chaud par-dessus.

- A Cinq heures, mettre la daube à cuire.
Et là, Dieu qui est dauphinois aidant, attendre que le miracle s’accomplisse que la transmutation qu’aucun alchimiste n’opéra jamais se produise… Porter à ébullition, veiller à ce que le jus conserve une couleur brune et dorée. Goûter fréquemment pour s’assurer de l’arôme et de la liaison des condiments.

- A huit heures, boire un petit verre Condrieu.

- A neuf heures, Retirer du feu et dégraisser le jus. Enlever définitivement les oignons, les gousses d’ail, les feuilles de laurier et le bouquet. Sortir provisoirement les quartiers de bœuf, la langue et la tête de veau. Poser délicatement le gros dindon (il a même trouvé un dindon) sur les pieds et les paquets de couenne restés au fond de la marmite. Remettre par-dessus le bœuf, la langue et la tête de veau
Ajouter :
- Les champignons (des cèpes et des bolets)
- Deux grands pots de coulis de tomate
- 4 anchois de Collioure finement nettoyés et pilés
- Verser deux bouteilles de vin, une de rouge et une de blanc sec au préalablement chambrées près du feu.

- A dix heures. Se servir un autre verre de blanc pour faire passer le pain et le saucisson.

- Dix heures 45 Les filles qui sont enfin levées commencent à mettre la table. Votre ainé ira avec les deux petits chez l’Adelphine chercher les desserts, des tartes au sucre et des pognes au safran

- Vers onze heures 30 verser en trois fois une bouteille de cognac ou, à défaut, de vieux marc (au besoin en prélever un petit verre pour la cuisinière). Refermer la marmite et laisser cuire lentement à feu régulier. Goûter fréquemment.

Vers la midi : Dégraisser définitivement le jus. Tenir au chaud.

L’Apothéose

Les invités arrivent, personne ne s’est décommandé, rien ni personne ne résiste au Condrieu. Ni le Connétable qui n’a pas, Dieu merci, osé amener cette cocouare de Vignon qui n’attendait que d’être reçue chez moi pour se considérer enfin admise dans le vrai monde. Ni les Dauphins, huit Guigue et deux Humbert, ni les Adhémar qui ont amené du nougat, ni les Bocsozel, les Allemands et les Bardonnéche… Ils sont tous là. Le quatrième étage de l’immeuble B rayonne, enfle, se dilate démesurément… Le séjour de mon F5 est plus vaste que la grande salle de réception de Beauvoir, le couloir est plus long que le Jeu de Paume… Monseigneur Avit évêque de Vienne, et Monsieur de La Motte Chalençon archevêque d’Embrun discutent avec le Cardinal Le Camus qui se plaint du mauvais état des sentiers de montagne où les ânes même ne pourront bientôt plus passer. Messieurs Chorier, Beyle et Blanc traitent leurs éditeurs de voleurs. Messieurs Mistral, Viallet, Michalon et Destot anciens maires de Grenoble et leurs épouses se tassent dans un angle de la pièce, redoutant l’arrivée de Boissard qui ne manquera pas de les traiter d’usurpateurs. Le petit Carignon est tranquille, née à Vizille et de surcroit à la Gaffe, il n’a rien à craindre. Laurent de Briançon de retour de Blois discute avec Richier qui a acheté ses terres de Pelissière et lui fait sèchement savoir qu’il regrette profondément que l’on ne puisse plus accéder librement à son château de Saint Giraud. Le Mile et Le Za des VFD, le Charlot métallos chez Bouchayer, le Guste de chez Joyat et leurs épouses sont annoncés.
L’Adelphine est arrivée avec Childéric tout heureux qu’elle lui laisse porter son éternel cabas d’où dépasse son éternel parapluie. La Maria, l’Alice, la Paulette, Fatima et Zohra entourent Wokabi qui a pris quelques kilos, abandonné l’animation et passé son permis poids lourds. Comme elle voyage à travers toute l’Europe, elle est nommée séance tenante ambassadrice extraordinaire du Dauphiné par Guigue l’Ancien en personne. Il y a même un envoyé de Soliman-le-Magnifique qui ressemble à Nordine, le mari de Zohra comme deux gouttes d’eau. Sont attendus également le Voconce et Marguerite de Bressieux qui font route ensemble, ainsi que Messieurs Picquart et Piquetet, Neyret et Beylier, Bouchayer et Viallet, Joyat, Merlin, Brun (qui avait amené des biscuits) et bien d’autres … Le tout Dauphiné est là.
La Brigitte qui n’arrive pas à placer son discours sur l’égalité des sexes me rejoint à la cuisine. Nous dressons successivement dans de vastes plats le bœuf, Le dindon, la tête de veau, la langue, les pieds, les paquets de couenne, les carottes. Le jus tamisé dans une passoire habillée de fine mousseline sera servi à part dans des soupières.
Cris, vivats applaudissements… On mange, on rit, on pleure. L’émotion est à son comble, certains se jettent à genoux à la fin du repas. La galette au sucre brandie par l’Adelphine brille comme la Sainte Eucharistie. On rit, on parle fort, un orchestre joue des moustachins, des brandos et des perligondinas… Le Guste au violon, entame un rigodon… L’animateur chef, intrigué, est passé voir… Pourquoi ne pas lui avoir dit que j’animais une troupe de théâtre, il m’aurait fait avoir des subventions… C’est quand Nordine est entré dans son bureau déguisé en Soliman-le-Magnifique pour lui demander où j’habitais qu’il a compris … C’est un vrai plus pour la cité cette troupe m’a-t-il assuré, même si les chameaux dévastent la haie… Beaucoup plus efficace que vos cours de patois …
Heureux les simples d’esprit, les rationalistes, les déracinés, qui croient voir et ne voient rien.

Le Gouteron en l’honneur de Wokabi

Depuis qu’elles avaient appris que Wokabi avait obtenu son permis poids lourds, la Sandrine et ses vieilles copines ne se tenaient plus de joie et décidèrent d’organiser une petite réception toute simple avec quelques amis qui pourraient être utiles à la petite.

Onte courrata ? L’Archipot - La Olâ de Lesdiguières – itiè ! – Le ratafia

Vic3La Sandrine avait fait les choses dans la grande tradition, reproduisant le « Disné baillé à Messieurs du Parlement, le 12 août 1674, fourni par Sourgeau, hoste des Trois Sauvages » dont elle avait trouvé la description dans l’excellent livre de Jean-Jacques de Corcelles La Cuisine en Dauphiné (Tome I : l’Isère) Elle dut bien évidemment prendre quelques libertés avec son modèle, l’ancien garde champêtre n’ayant pu, malgré les prodiges réalisés par son frère le boucher, trouver tous les ingrédients nécessaires. Mais le résultat aux dire des participants n’en fut pas moins inoubliable.[spacer height= »0px »]Assistaient à cette sympathique rencontre outre l’Adelphine C, l’Alice et la Maria grandes bouffeuses de patrons, Fatima et Zohra les voisines du dessus venues avec des grands sacs pleins de Tupperware empruntés de-cé de-lè qui remplacèrent avantageusement les pourcelines, Marguerite de Bressieux, Philis de la Charce, Béatrice de Die, toujours prête à chanter quelque chose, la Brigitte avec son éternel discours sur l’égalité des sexes qui ne manquerait pas de déchainer l’hilarité de l’assistance si toutefois elle arrivait à le placer, la China qui avait encore fauté et dont un des petits (une china bien évidemment) pourrait être chargé de garder le camion, le Milo, le Ze et l’Arthur, respectivement carrossier, mécanicien et chauffeur aux VFD, un Adhémar pour les nougats et son influence sur le monde économique drômois qui lui permettrait d’obtenir sans peine du Norbert (Dentressangle) de confier tout de suite à la petite un véhicule neuf, un Alleman pour ses relations avec les milieux genevois et la finance internationale dont l’appui permettrait d’obtenir des prêts avantageux quand le moment serait venu d’acheter les premiers camions, les premiers avions, les premiers cargos… Un Bocsozel à cause du Merle Blanc, sans oublier Boissard tiré au sort pour représenter la Gnia. L’animateur du point Accueil Jeune – le dadolin – s’était excusé.[spacer height= »0px »]On mangea longtemps et de bon appétit. La gente masculine qui s’était prudemment regroupée en bout de table tout près de la porte battit en retraite quand, le ratafia aidant, la question de la culotte à trappon fut abordée par la Maria. Le sujet épuisé, Marguerite de Bressieux prit la parole et après avoir brièvement évoqué les dangers – hélas trop bien connus – qui menacent une jeune fille lancée seule sur les routes, offrit à Wokabi la masse d’arme dont elle s’était servie à Anton, un accessoire beaucoup plus utile qu’une trousse de maquillage et d’un maniement relativement aisé comme on put en juger au cours des différents exercices qu’elle proposa. Philis de la Charce avait apporté un magnifique pistolet et un mousquet, deux armes peut-être un peu lourdes et longues à recharger mais qui en cas d’urgence pouvaient toujours vous écraser un crane, briser une jambe et causer d’autres ravages beaucoup plus ciblés. Le seul coup qu’elle tira par la fenêtre éclata la vitre de la voiture du Rambo municipal qui, sagement, préféra ignorer d’où venaient les tirs. La Brigitte parla d’une citadelle du machisme prise d’assaut, de conduite exemplaire, de courage… Un discours émouvant dont La conclusion se perdit dans les éclats de rire qui éclatèrent lorsque la Maria entonna une chanson, vite reprise en chœur, dont il vaut mieux ne mentionner ni le titre ni bien évidemment les paroles. Chacun se rentra avant la nuit, ce fut une très belle journée mais comme le disait l’Alice, ça manquait d’hommes !

Quant au menu…

Entrées

Premièrement un potage de dix perdrix (jus de viande cuite dans lequel on fait tremper ou mitonner du pain taillé en menu morceaux)
Plus un potage de 12 poulets farcy avec sa garniture
Un potage de 8 alebrans (jeunes canards sauvages) avec sa garniture
Une bisque de 15 pigeons
Un pâté de dindonneaux garni de truffe et champignons
Deux assiettes de pigeons en composte (assaisonnement de viande qu’on fait cuire dans un pot avec du lard et des épices)
Deux membres de moutons à la royale avec sa garniture,[spacer height= »0px »]Six alebrans farcy avec ses garnitures pour deux assiettes
Un gromeau (trumeau, cuisse) de bœuf en ragoût
Deux gigots de veau farcy
Huit dindonneaux à la daube pour deux assiettes
Deux assiettes de poulets en ragoût
Deux assiettes de meures (mûres)

Rousty

Quatre lapereaux
Deux cochons de lait,
Deux agneaux entiers
Quinze poulardes
Vingt quatre petits pigeonneaux
Douze petits dindonneaux
Deux douzaines de cailles
Trois douzaines de grives
Deux faisandeaux et une faisane
Vingt perdreaux
Trois douzaines beccatif (becfigues)
Six melons
Dix salades pour l’accomodage de six perdreaux

Entremets

Quatre langues de bœuf
Quatre assiettes de champignons
Deux assiettes de cresme à la Royale
Quatre assiettes d’artichauts
Deux assiettes de truffes au court bouillon
Deux assiettes de marmelade
Quatre tourtes d’entremets (pigeonneaux, béatilles, moelle…)
Quatre assiettes de ris de veau en ragoût,
Deux assiettes de poulet à la marinade,

Fruits

Quatre pourcelines (tupperware) de poires Rosselet
Quatre poucelines de poires bon chrétien
Quatre pourcelines de poires messire Jean
Quatre pourcelines de poire vinaigre
Quatre pourceline de poires muscat plat,
Quatre pourcelines de poires cramoysi
Quatre pourceline de poires à deux testes,
Quatre pourcelines de noisettes
Quatre pourcelines de cerneaux pelés,
Quatre poucelines d’amandes
Quatre pourcelines de fraises au sucre
Quatre pourcelines de prunes predigeonnes,
Quatre pourcelines d’alberges jaunes,
Quatre pourcelines d’alberge rouges,
Quatre pourceline de pesches de pot,
Quatre pourceline de brugnon
Quatre pourcelines de raisin muscat
Quatre pourcelines d’oranges entiers
Quatre pourcelines de citrons entiers
Quatre pourcelines de tailladins
Quatre pouceline de citron en agneau
Quatre pourceline de castagnettes
Quatre pourcelines de tranches de citrons
Quatre pourseline de massepins
Quatre pourcelines de biscuit royal
Quatre poucelines de poire blanc

Confitures

Quatre pourcelines de conserve (confiture sèche ou pâte à fruits)
Quatre pourcelines d’abricots oreilles (abricots confits, dont on a ôté les noyaux et rejoint les deux moitiés en sorte que l’extrémité de l’une n’aille qu’au milieu de l’autre)
Quatre pourcelines de cerises en bouquet
Quatre pourcelines de pastilles royales

Pour les confitures liquides

Quatre pourcelines de framboises
Quatre pourcelines d’alberge liquide
Quatre pourcelines de prune
Quatre pourcelines d’abricot
Quatre pourcelines de verjus
Deux pourcelines de groseilles
Trois poucelines de pistache à missucre
Trois pourcelines d’abricottes
Trois porcelines de giroflé
Trois porcelines de crème glacée
Deux pourcelines de fraises glacées
Une pouceline de tubéreuse
Une pourceline de jasmin glacé
Deux pourcelines de sorbet glacé
Une pourceline de café glacé

25 pots de vin d’en bas (vin pris au milieu du tonneau, au dessous de la traverse et considéré comme le meilleur)

 

Louis Moutier

Moutier2Louis Auguste Moutier est un authentique dauphinois, un encurâ érudit qui accomplit un travail remarquable au service des parlers d’ici, sans jamais se détourner de son sacerdoce. Un authentique défenseur de l’identité dauphinoise, admirateur de Mistral mais critique avec les félibres, « les cigaliers », qu’il jugeait trop provençaux, trop parisiens. Créateur et animateur avec Roch Grivel, Chalamel et quelques autres de l’Escolo dóufinalo dóu Felibrige à l’origine d’une poésie drômoise en langue d’oc. Car il était poète, un vrai, écrivant des Noëls dans la tradition provençale, des œuvres simples, ferventes, populaires, naïves, si toutefois l’on peut considérer que les continuateurs de Jacques de Vauragine et de sa Légende Dorée sont des naïfs. Avec son grand poème, son grand œuvre, Lou Rose, il s’essaya à l’épopée comme le père Hugo avec sa légende des siècles… Pas vraiment une réussite sur le plan littéraire, mais de la bel ouvrage, une source inépuisable d’anecdotes de mots et d’expressions, un hymne au Vieux Rhône… Je n’aurais garde d’oublier les démarches qu’il fit auprès de l’abbé Pascal de Gap pour tenter de maintenir un félibrige dauphinois comme s’il avait compris que la disparition des vieux parlers assurerait plus sûrement que le Transport de ce baiana d’Humbert la disparition totale de notre vieux pays. Le genre d’ensoutané qui vous ferez presque regretter d’être anticléricale… Mais comment une filli de bana mare ne le serait-elle pas en songeant à toutes les malheureuses à qui il a dû prêcher la résignation, la patience, à toutes les pauvres filles qu’il a menacées de l’enfer, à tous ces Sandre qu’il a absouts donc encouragés … ! La Sandrine

Quelques dates et quelques livres

1831

(15 février) Naissance à Loriol dans une famille de 10 enfants. Son père était protestant, sa mère catholique. Remarqué très tôt par le curé du village, il entre au petit séminaire de Valence comme boursier –

1853

Bachelier ès sciences – 1857 – Il est ordonné prêtre le 19 Juillet.

1859

Jeune vicaire à Taulignan, il est aussi un jeune écrivain, un poète, en quête d’éditeur et de reconnaissance cherchant à se positionner : Il écrit à Joseph Roumanille, éditeur à Avignon, pour connaitre la date de publication de Mirèio de Frédéric Mistral, quelques mois plus tard il lui propose un poème « Les Deux Muses ou le réveil de la littérature provençale… » Moutier ne fut pas un curé de cour, ou d’appareil mais quelqu’un de reconnu et de recherché pour sa notoriété dans les milieux littéraires drômois. Son attachement au terrain est sans doute plus du à sa passion pour l’étude des dialectes dauphinois qu’il collectait au gré de ses affectations (jusqu’en 1870 en Drôme du sud – occitan provençale – puis en Royans – nord occitan –) qu’à un sentiment d’appartenance à un milieu, même s’il est attentif aux difficultés de ses ouailles au point de refuser par solidarité une augmentation de ses émoluments.

1877 

Il est nommé curé archiprêtre de Marsanne. On peut penser que ses conditions de travail d’écrivain s’améliorent nettement. Sa Grammaire dauphinoise et son Glossaire du sous-dialecte de Loriol, sont couronnés d’une médaille d’or par l’Académie Delphinale de Grenoble.

1879

Il envoie à Frédéric Mistral qui travaille à son Trésor dóu Felibrige un glossaire aujourd’hui perdu (sans doute l’ouvrage mentionné plus haut. Le 10 juin, il crée à Valence, l’Escolo dóufinalo dóu Felibrige, Roch Grivel et Chalamel notamment sont de la partie. Premières publications :

BookUn Brounché de nouvèus doufinens e quauqueis vers per Chalendas. Montélimar : Impr. et lith. Bourron,   
Poèmes « La Crous », « Toussant », « La Bouama/Les Sorcières »
BookGrammaire dauphinoise, dialecte de la vallée de la Drôme. Montélimar : Impr. et lith. Bourron, 1882. X-165

NBookoms de rivières et légendes du Dauphiné : Notes philologiques. Montélimar : Impr. et lith. Bourron, 1882.

1884 

En collaboration avec l’archiviste André Lacroix il travaille à la publication de textes oubliés : Mens d’airanço, sirventès inédit d’un troubadour du 12e siècle, publié en 1884, la Charte de Die de 1325…
Book« Analyse philologique du Mystère de Saint-Antoine » in Le Mystère de Sant-Anthoni de Viennès, publié […] par l’abbé Paul Guillaume. [|Analyse philologique du Mystère de Saint Antoine / par M. l’abbé L. Moutier Gap : Société d’études des Hautes-Alpes ; Paris : Maisonneuve et Cie, 1884,

1885 

Publication du premier de ses Armagnats recueil d’histoires, de contes, une forme d’ouvrage qui s’adresse aussi bien aux petite gens qu’aux bourgeois et aux lettrés
BookArmagna doufinen per lou bel an de Diéu 1885. Fourcouquié : F. Bruneau. 101 p.
Bibliographie des dialectes dauphinois : Documents inédits. Valence : Impr. valentinoise, 1885. 55 p

1886 

Il est nommé curé d’Étoile où il terminera sa carrière comme chanoine. Il collabore régulièrement avec la société d’archéologie et de statistique de la Drome qui publie ses interventions dans son bulletin.
BookArmagna dòufinen per lou bel an de Dìou 1886. Valenço : Imprimario valentinoiso. 80 p.
Orthographe des dialectes de la Drôme. Valence : Impr. valentinoise, 1886. 21 p.

 Book« Petit glossaire patois des végétaux du Dauphiné ». BSAD, tome XXIII, 1889, p. 480-490, p. 613-616 ; tome XXIV, 1890, p. 107-111. A la fin de son introduction il ne manque pas de rappeler qu’il s’agit d’extraits de son Dictionnaire des dialectes dauphinois, dont la publication se trouve retardée plus qu’il ne le voudrait. ». Il faudra attendre 2007 !u IVe siècle

1895

BookLou Tiatre d’Aurenjo. Valence : Impr. valentinoise, 1895. 15 p.

1896 -1897

Ces deux années il participe activement à la mise en place des fêtes d’Étoile et de Valence où il ne manque pas d’inviter Frédéric Mistral. Pour la venue de Félix Faure, le clou de la fête est la représentation triomphale de Lou Nouananto-nòu de Gatien Almoric

LBookou Rose / Le Rhône : Pouème daufinen / Poème dauphinois avec traduction française en regard.Valence : Impr. valentinoise, 1896. 235 p.
« Glossaire d’ameublement, XIVe siècle« . BSAD, tome XXXV, 1901, p. 35-44 ; p. 153-160.

1902 

Sa poésie a changée, il se complait dans des sujets plus classiques, plus nobles, il est devenu quelqu’un.

BookEirodiado / Hérodiade. Valence : Impr. valentinoise, 1902. 11 p.

2007

BookDictionnaire des dialectes dauphinois anciens et modernes. Édition, introduction, bibliographie et notes de Jean-Claude Rixte. Montélimar : IEO-Drôme ; Grenoble : ELLUG, 2007. 899 p., carte.

Bio-bibliographie à consulter
BookLouis Moutier, félibre drômois, poète du Rhône. Actes réunis par Jean-Claude Bouvier, colloque de Montélimar, 18-19 octobre 1997, édités par Jean-Claude Rixte et Jean-Louis Ramel. Montélimar : Daufinat-Provença, Tèrra d’Òc, 1999. 272 p., ill.

André Devaux

DevauxNé à Saint Didier de la Tour (La cassola) le 20 juin 1845, mort à Rome le 31 janvier 1910. Étude à Grenoble au petit séminaire du Rondeau où il sera plus tard professeur de rhétorique. 1877 professeur de littérature latine à la Faculté catholiques de Lyon. En 1898 doyen de la Faculté des Lettres. En 1906 recteur. Ses thèses de doctorat passées devant la faculté de Grenoble en 1892 ont pour sujet le patois du Haut-Dauphiné et Horace

Devaux – Moutier : Quand les parallèles divergent souvent[spacer height= »0px »]Au départ des similitudes avec la vie de Louis Moutier, naissance dans une famille modeste, repéré très tôt par le curé du village qui les dirige vers la prêtrise, les études au séminaire, l’ordination, le même goût pour les parlers anciens… Mais le parallèle s’arrête là, Devaux est un Universitaire, docteur en lettres, Recteur de la Faculté catholique de Lyon, évêque, habitué du Vatican… Son enfance « officielle » aurait toute sa place dans la Légende Dorée. Une famille nombreuse de paysans pauvres, une mère courageuse, un père qui perd l’argent du ménage au jeu… La misère, le désespoir, les enfants qui menacent de mal tourner… Et un jour, le Miracle ! La mère désespérée qui confie ses enfants à une voisine et prend la diligence pour Ars demander l’aide du Saint Curé. Elle assiste au prêche perdue dans la foule, elle ne pourra pas le voir… Elle ne savait pas la malheureuse que Dieu avait donné au Saint Homme le don de discerner dans l’assistance ceux qu’il avait distingué de toute éternité. Elle le voit s’avancer vers elle… Il l’appelle par son nom, la reçoit en tête à tête. Qu’elle se rassure, ses enfants ne sont pas perdus, son époux retrouvera le chemin de la sagesse… On connait la suite, une fille au couvent, un fils curé, un autre évêque… Un personnage important, un lointain prince de l’église, un linguiste bien évidemment, mais pour lui les anciens parlers sont des langues mortes ou condamnées, des objets d’étude, des chourelas, tout juste peut-être une façon détournée de combattre la République Anticléricale … La Sandrine

BookLes Noms de lieux d’origine religieuse dans la région lyonnaise, par A. Devaux,… Texte imprimé Lyon : impr. de E. Vitte, 1906 
BookEssai sur la langue vulgaire du Dauphiné septentrional au Moyen Age / André Devaux Genève : Slatkine Reprints, 1968  
BookLes Patois du Dauphiné. Tome 1, Dictionnaire des patois des Terres froides avec des mots d’autres parlers dauphinois / œuvre posthume publiée par Antonin Duraffour…. et l’abbé P. Gardette…. précédée d’une biographie de l’auteur par Mgr. F. Lavallée… et d’une introduction géographique et historique par A. Dussert . Lyon : Bibliothèque de la Faculté catholique des lettres, 1935
BookLes Patois du Dauphiné. Tome 2, Atlas linguistique des Terres froides Mgr A. Devaux ; œuvre posthume publiée par Antonin Duraffour… et l’abbé P. Garde

Goutéron de comare

La chanson des mensonges – M’en alavo labora – Coquelicot maria sa fille – Les crozet

Et l’on ne saurait se quitter sans sacrifier un peu au mauvais goût, à l’absurde avec un brin, un soupçon de scatologie …

La chanson des mensonges
Je vais me promener (bis)
Au bord de la rivière,
Bon la ri cou la la
Je vais me promener
Au bord de la rivièreJe rencontre un cerisier (bis)
Qui était couvert de prunes, etc

Je vais le secouer, (bis)
Il en tombe des figues etc.

Je vais les ramasser, (bis)
Ce sont des pommes de terre etc

Ma dame appelle son chien (bis)
Son coq vient me mordre, etc.

Il me mord au mollet (bis)
J’en saigne à l’oreille, etc.

Non pas saigner du sang (bis)
J’en saigne du vinaigre, etc

Je cours chez le pharmacien, (bis)
J’enfonce la porte ouverte etc

Je rentre à la cuisine, (bis)
Le cochon fait la soupe etc

Je monte dans la chambre (bis)
La vache change de chemise etc.

Je regarde sous le lit (bis)
Les rats jouent de la mandoline, etc

Les mouches au plafond, (bis)
Qui se tordent de rire, etc.

Elles en rièrent tellement (bis)
Qu’elles se cassèrent les quilles etc.

On les mène à l’hopital (bis)
Avec trente six béquilles,
Bon la ri cou la la
On les mène à l’hôpital
Avec 36 béquilles

M’en alavo labora
M’en alavo laborar
Vers la plus autas combas
Bon ladrito la la
M’en alavo laborar
Vèrs la plus autas combas
Je m’en vais labourer  / Vers les plus hautes combes. Bon…

Emportavo mos bœufs
E trinavo mas joclias Bon…
J’emportai mes bœufs / et traînais mes courroies

Passéro sotz un figuier
Qu’es recuvert d’epongeas.
Bon…
Je passai sous un figuier / Qu’était couvert d’éponges

Lè fotero mon bato
M’en chèyit tres maiossas
Bon…
J’y fichai mon bâton / il en tomba trois fraises

Lo mètre dou chatè
M’envoia son chin mordre.
Bon…
Le Maître du château / M’envoya son chien mordre

Me mordit au talo,
Sainavo pèr l’aurelha.
Bon…
Me mordit au talon / Je saignai par l’oreille

Si dins ma chanso
Li a un mot de veritat
Volo bien qu’ils me pènden
Bon ladrito la la
Si dins ma chanso
Li a un mot de veritat
Tant pis serai pendu

Si dans ma chanson il y a un mot de vérité / Je veux bien qu’on me pende / Bon ladritou la la / Si dans ma chanson il y a un mot de vérité / Tant pis je serai pendu


ComareCoquelicot maria sa fille
Coquelicot maria sa fille
Avec un marchand de guenille
Pas très beau, pas très joli
O Riquiquette!
Pas très joli, pas très beau
O Coquelicot !On se rendit à l’église
N’y avait pas d’eau bénite
Chacun pissa dans ses sabots
O Riquiquette !
Chacun pissa dans ses sabots
O Coquelicot !

On revint à la maison,
N’y avait rien de préparé,
Qu’une chèvre toute pourrie
O Riquiquette!
Qu’une chèvre toute pourrie
O Coquelicot

Quand veut aller se coucher,
N’avait pas de lit préparé.
Chacun coucha sur des fagots
O Riquiquette !
Chacun coucha sur des fagots
O Coquelicot

Quand vient onze heures la minuit
La mariée péta au lit,
Le mari fut plus honnête
O Riquiquette !
Alla ch… par la fenêtre
O Coquelicot !

Porteur d’eau revenant de l’eau
Leva la tête en haut Oh! Qué plau de gros catyo
O Riquiquette !
Oh! Què plau de gros catyo
O Coquelicot !

Les Crozets
Lie avie tres fenas es Crotas (bis)
Que parlavon far de crousets
E douas e una
Que parlavon far de crousets,
E douas e tres
Quinze kiloues de farina (bis)
Pre n’en faire un pau pus’spes…
Quinze kiloues de fromage (bis)
Pre les faire un pau foutets…
Quinze kiloues de vinassa (bis)
S’empeguer toutes tres
S’en aneron a la messa bis)
Tireron tres cent pets…
Lou santa preire se revirz (bis)
N’en crebessias toutas tres…
N’en disia rèn o moun sant ome (bis)
N’aven encaro pus’spes
…n’en durava (bis)
Restarie pas un arbre drech.

Il y avait trois femmes aux Crottes / Qui parlaient de faire des crozets / Et deux et une…Qui parlaient de faire des Crozets / Et deux et trois. Quinze kilos de farine (bis) / Pour les faire plus épaisses. Quinze kilos de fromage (bis) / Pour les faire un peu plus forts /Quinze kilos de vinasse (bis) / Elles se saoulèrent toutes trois/ Elles s’en allèrent à la messe (bis) / tirèrent trois cent pets/ Le saint prêtre se retourne (bis) / Vous en creviez toutes trois !/ N’en distes rien oh mon saint homme / S’en avons encore de plus épais / Si l’affaire avait duré (bis) / Ne resterait plus un arbre debout.


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