Les filles de par ici
La belle qui fait la morte – Les Femmes de Grenoble – Les Filles de Corrençon – Les Filles de la Matheysine – Les Filles de Saint-Jean – Les Filles des Villards – La Gantière de Grenoble – Les Margotton – La Marion sos on pomi – La Pauvre Marguerite de Bressieu – Les Trois bons drôles – Les trois sœurs
La Marion sos on pomi
La Marion su’ son pomiye, «
Que se, guinganâve (bis)
Que se guinganâve de cé
Que se guinganâve de lé
Que se guinganave.
On bossu vint a passà
Que la regardave (bis
Qué la regardave de cé
Que la regardave de lé
Que la regardave
N’agarda pas tant bossu
Vo n’et pas tant bravo ! (bis)
Vo n’et pas tant bravo de cé
Vo n’et pas tant bravo de lé
Vo n’et pas tant bravo
Que de sey bravo,
que de sey l’edo,
Te sera ma mia. (bis)
Te sera ma mia de cé
Te sera ma mia de lé
Te sera ma mia
Si t’m’vou pour ta mia
Fau copa ta bossé (bis)
Fau copa ta bossé de cè
Fau copa ta bosse de lè
Fau copa ta bossé
Lo Marion prin son ketiô
Per y copa sa bossè. (bis)
Per y copa sa bossè de cè
Per y copa sa bossé de lè
Per y copa sa bossè
Quand la bossè fut copâ
Le bossu plorave. (bis)
Le bossu plorave de cè
Le bossu plorave de lè
Le bossu plorave
Ne plora pas tant, bossu
On vo rindra la bossè (bis
On vo rindra la bossè de cè
On vo rindra la bossè de lè
On vo rindra la bossé
Quand la bossè fu rindua,
Le bossu chantave (bis)
Le bossu chantave de cè
Le bossu chantave de lè
Le bossu chantave
La Belle qui fait la morte
Au long de ses lauriers
Marie s’y promène
Belle comme le jour
Blanche comme la neige
Trois jeunes capitaines
Viennent lui parler d’amour
Le plus jeune des trois
La prit par sa main blanche
Montez, montez, Mam’selle
Sur mon cheval gris
A Paris je vous emmène
En mon plus beau logis
Chemin faisant la belle
Fit rencontre de sa mère
Oh qu’elle lui dit
Va-t’en, Va-t’en ingrate
Tant loin que tu voudras.
Si jamais je te pleure
Que quand tu reviendras
A l’entrée de la ville
L’hôtesse la regarda
Soupez, soupez Mamzelle
Selon votre appétit
Entre trois capitaines
Vous passerez la nuit.
A ces mots,
La belle est tombée morte
Oh mais, dit le plus jeune
Qu’on sonne clairon trompette
Tambour à grand battant.
Puisque la belle est morte
A l’âge de quinze ans
Où l’enterrerons-nous
Cette belle princesse ?
Oh mais dit le plus jeune
Au jardin de son père.
Au jardin de son père
Sous un lilas fleuri.
Pendant trois jours
Son père s’y promène.
Ouvrez ma tombe,
Ouvrez-la donc si vous m’aimez,
Pendant trois jours j’ai fait la morte
Pour mon honneur garder.
Les trois bons drôles
Nous étions trois garçons bons drôles
Mais tous les trois du même accord,
Voyageant dans tout le pays, Cherchant fortune.
En leur chemin ont rencontré
Trois jolies brunes.
Il les ont pris par leurs mains blanches,
Au cabaret les ont menées.
Au cabaret les ont menées,
Ces jolies filles.
Buvons, chantons, divertissons-nous,
Soyons tranquilles.
Mais quand il vient la matinée,
Ces beaux garçons s’en sont allés.
Ces beaux garçons s’en sont allés,
Avec adresse
En laissant le compte à payer
A leurs maîtresses.
Madam’ l’hôtesse s’y prend garde :
En voyant ces amants partir
Bien vite elle est montée là-haut
Dire à ces filles :
Tous vos amants en sont partis,
Soyez tranquilles. »
Ell’ se regardent l’une l’autre,
Toutes trois n’ayant point d’argent.
La plus jeune, tout en riant,
La plus volage,
Tir’ l’anneau qu’elle avait au doigt,
Le met pour gage.
Ell’s’en va d’un pas dégagé
A la maison d’son bienaimé,
Bonjour papa, bonjour maman,
Ma très chèr’ mère;
Votre fils est tombé dans l’eau De la rivière.
Il vous prie de bonne grâce
De lui envoyer son manteau.
Il est là-bas au bord de l’eau,
Tremblant sans cesse ;
Nous le couvrirons comme il faut,
Avec adresse.
Ell’ revient d’un pas dégagé
Prend le manteau d’son bien aimé.
Rendez-moi vit’ mon anneau d’or,
Madam’l’hôtesse :
Voici un gag’ qui est plus fort.
Buvons sans cesse
Les filles de la Matheysine
La filla de lou Machany
Vendoun lour couifa
Per un pot de vi
La naoutra
Fan pa coum’aco
Gardon lour couifa
Buvoun cooucou co
Les filles de Machany
Vendent leur coiffe
Pour un coup de vin,
Les nôtres
Ne font pas ainsi,
Elles gardent leur coiffe
Et boivent aussi
Les filles de Corrençon
La filla devè Corrençon
Gardan la chioura et sautan au buisson
La notra é fa pa come inqueu
Gardan la chioura, buvan quoque co
Lou vachourins ma mère
Lou vachourins van bien
Van comme le vin ma mère
Van comme le vin lou vachourins.
La fille de Corrençon
Gardant la chèvre et sautant au buisson
La nôtre ne fait pas comme cela
Gardant la chèvre, buvant quelques coups
Les Vachourins ma mère
Les Vachourins vont bien
Ils vont comme le vent, ma mère
Ils vont comme le vent les Vachourins.
*** Traduction
Les trois sœurs
Nos étions tray séroulètes (bis)
A la riva d’un lai (bis).
Nos nos disions l’una à l’âtra
« Allin nos bagnolé »
Si le fi du rè passave
I nous emmèneray.
Mais, çan dit la plus petita
Ze n’y voi pas y aller.
Ze me garderai lè robe
Gens d’armes doit passer
Su celès mime parôles
Gens d’armes est arrivé
Ils l’ont pris, l’ont emmenia
Su Grison l’ont monté
Lont mené dedians lès frances
Tant ava qui pouvai.
Quand le fut dedans lès Frances
Le n’y fait que plorai
» De quoi tant plorer la bella
De quoi tant sospirai ?
Plorez-vous vôtre pare
Votre mera ou moi ?
ze n’y ploro point mon pare
Ni ma mera ni vo
Z’y plora mès amoirettes
Tant éloignés de moi
Ne les plorès point, la bela
Nos vos les peyerons
Cent écus dians ma borsetta
Sera pour vos donnai
si cela ne vos marie,
Jamais ne l’y serai ».
Bien heurou sont louz homo
Qui le layssont eyta.
Les Filles de Landry
A Landry, y a-t-un faubourg :
Tout’les fill’ sont fait’ au tour.
Il y en a des p’tites et des grandes
Qui veul’se marier ;
Personn’ ne les demande.
Tout’les fill’s s’sont assemblées,
Une lettre ont composée.
Ell’ l’ont porté le dimanche à la messe.
« Tenez, Monsieur l’curé, publiez cette lettre. »
M’sieur l’curé n’a pas manqué :
La lettre il l’a publiée :
« Venez, garçons, venez, je vous en prie ;
Les filles de Landry veulent qu’on les marie. »
Les garçons ont répondu :
« Les fill’ d’Landry, nous ne les voulons plus.
Nous irons bien jusqu’à Chambéry même,
Là nous en trouverons qui ont la mine fraîche. »
Les fill’ se sont assemblées,
A Moutiers ell’ sont allées
Pour s’acheter brod’ries, riches dentelles
Et beaux souliers brodés à la mode nouvelle.
Les garçons s’sont assemblés,
Dans l’auberge ils sont allés.
« Buvons, trinquons, camarades, ensemble
Les filles de Landry ont bien le temps d’attendre.
Les Filles de Villard
Lo Monsu de la vella
Que voulon se maria,
S’in von trova lé feille
Hola, la deridera,
S’in von trova lé feille,
Lé feille du Velar.
« Eh don ! bonzour, lé feille,
Lé feille du Velar.
Eh don ! bonzour, lé feille :
Voglié-vo vo maria ? —
– Vo n’éte pas pro bravo,
Pas pro ben ajusta. »
S’intournont à la vella
Pe se fare ajusta.
Prenont lour cravat’blance,
Lo solars mathera.
S’intournont trova lé feille,
Lé feille du Velar.
« No venin de la vella
Pe no fare ajusta ;
No venin de la vella :
Voglié-vo vo maria ? »
Lo prenont à coup de piére
Pe la Comba du Velar.
S’aveton l’euna l’autra,
Se bettont à pleura.
« E te que n’in é la causa
Que de ne si pa mariâ ! »
Les Messieursde la ville | qui veulentse marier | s’envont trouver les filles, | les filles desVillards. « Hé donc ! bonjour, les filles, | les fillesdesVillard. | Hé donc ! bonjour, les filles.| Voulez-vous vous marier ? | Vous n’êtes pas assez beaux, | pas assez bien mis »| Ils s’en retournent à la ville| pour se faire bien vêtir. | Prennent leurs cravates blanches, | leurs souliers bien cirés.
S’en retournent trouver les filles, | les fillesdes Villards. | « Nous venons de la ville —pour nous faire bien vêtir ; | nous venonsdela ville : | voulez-vousvous marier ? » | Elles les prennent à coups de pierres, | par la CombedesVillards.| Se regardent l’une, l’autre, | se mettent à pleurer. | « C’est toi qui en es la cause, | si je ne suis pas mariée !»
La Pauvre Marguerite de Bressieu
Quand le chasteau d’anjou fut prey
Mala fut la journeya
Lou Bourguignon y sint entré
Per ina faussa porta
Et les dames qui sont dedans
Crient : Vierge Maria !
« No criez, dame, no criez.
N’ary point de damagio.
Ne volon que l’or et l’argen
La Vaissella dorea,
La Margarita que voila
Pour nostron épousea »
La Margarita respondit
Comme mal avisea :
« j’aimerin mieu fussié pendu
Et lo château bruleya
S’à ce larron de Bourguignon
J’avin m’amour donnea. »
Y l’on pry et si l’an mené
En la pri hauta chambra
Uan y n’an fait a lior plesy
A lor nouvella guisa
Puis l’ont remis aux fran arché
Do Fran arché au page
Lou page que n’aron pitié
L’on rendu a la dame
« Tené, tené, dame Ysabeau,
Voila la Marguerite
Allé ly faire un baignolet,
Qu’ally n’est brisi malada. »
Lo baignolet ne fut pas fat
La bella randi l’arma.
Bourguignon, se t’y a eu lo corps
Tu n’en are pa l’erma
Y sarat dieu de parady
Et la Viergy Maria.
Les Margottons
Y’a des fillet dedin Grenoblo (bis)
que n’migeon qu’un pou de tomma
La fari don daine !
Et porton de beau farballa,
La fari don dâ !
Il y a des filles dans Grenoble
Qui ne mangent qu’un peu de tomme
La faridondaine
Et portent de beaux falbalas
La fari don dâ !
Sovent’i n’ont point de chamisi (bis)
marchon sû l’jambe de leur bâ,
la fari don daine !
Per un pot de vi
Ont d’talon hiaut comme lo bra,
la fari don dâ !
Souvent elles n’ont point de chemises
Elles marchent sur les jambes de leur bas
La Fari don daine
Elles ont des talons hauts comme le bras
La fari don dâ !
N’ont de fei qu’una poura couchi (bis)
que ne vei pâ sovint de dra,
la fari don daine !
E porton d’chignon d’un quinta
La fari don da !
Elles n’ont parfois qu’un pauvre lit :
Qui ne voit pas souvent des draps
La fari don daine
Et elles portent des chignons d’un quintal
La fari don daine !
I ne parlon que de bombanci, (bis)
De polailli, dindon truffâ,
La fari don daine !
Et von mori à l’hôpita,
La fari don dâ !
Elles ne parlent que de bombance
De volaille, dindes truffées
La fari don daine !
Et elles vont mourir à l’hôpital
La fari don dâ !
Yan a que sont incou bravoune (bis)
Mais faut toujou bien s’en maufiâ
La frai don daine !
Sont pire que lo colerâ
La fari don dâ !
Il y en a qui sont encore mignonnes
Mais il faut toujours bien s’en méfier
La fari don daine
Et elles vont mourir à l’hospice
La fari don dâ !
Hérousamint que gn’yan a d’autres (bis)
Que sont sâg’et bien élevâ,
la fari don daine !
faut le peindre pe se mariâ
La fari don dâ !
Heureusement qu’il y en a d’autres
Qui sont sages et bien élevées
La fari do daine !
Il faut les prendre pour se marier
La fari don dâ!
Les femmes de Grenoble
Le fene de Grenoblo
Son de mau contenta.
Faut avey bonna boursa
Ela fare tinta.
Si comme mouche jaune
On le von arresta.
Faut din lou jardinageo
Souven le banquetta
Les femmes de Grenoble
Sont difficiles à contenter
Il faut avoir bonne bourse
Et la faire sonner,
Si comme des mouches jaunes
On les veut arrêter.
Il faut dans le jardinage
Souvent les faire banqueter
Quand i sont à de nopce
Lour faut tout chapota
Jour e not en carrochi
E le faut charronta
I grondont à la couchi
Si ne sont bien monta.
Viront lo cu uz homme
Ne font que repita.
Quand elles sont à des noces,
Il leur faut tout couper.
Jour et nuit en carrosse
Il faut les charrier.
Elles grondent au lit
S’ils ne sont bien pourvus.
Elles tournent le dos aux hommes,
Ne font que regimber
Jusqu’à tant que per terra
I long ayant jetta.
Quand lour chambe sont lasse
Lou pied lour faut gratta,
Quand la son lez attaque
Faut vito chuchuta.
Quant lo jour le réveille
D’œu frais lou faut porta.
Jusqu’à ce que par terre
Elles les aient jetés.
Quand leurs jambes sont lasses,
Il faut leur gratter le pied.
Quand le sommeilles prend,
Il faut vite parler bas.
Quand le jour les réveille,
Il faut leur porter des œufs frais.
A la moda nouvella
Le faut attifetta
Per disna faut attendre
Qu’ell’ ayont bigotta
Et qu’après lour servente
Les ayont tempesta.
A le carte, à le danze
Lour faut tout supporta.
Bien heurou sont louz homo
Qui le layssont eyta.
A la mode nouvelle
Il faut les attifer.
Pour dîner il faut attendre
Qu’elles aient dit leurs patenôtres,
Et qu’après leurs servantes
Elles aient tempêté.
Aux cartes, aux danses,
Il leur faut tout supporter.
Bien heureux sont les hommes
Qui les laissent tranquilles
La Gantière de Grenoble
Je suis la petite gantière
Toute jeunesse, amour, gaité,
Et c’est moi l’alerte ouvrière
Qui fait l’orgueil de la cité.
Je suis la petite grisette
Grisette de noble maison,
Car mon aïeule était Lisette,
Et ma mère Mimi Pinson
Refrain
J’aime la belle humeur,
Mais on a du cœur
Et des sentiments nobles,
A Grenoble.
De l’atelier la nuit nous chasse ;
Joyeuses, nous nous envolons,
Nous faisons raisonner la place
Du bruit coquet de nos talons,
Nos refrains, nos éclats de rire
Font tous les carrefours chantants
Et sur nos pas on entend dire
C’est la jeunesse et le printemps
Au refrain
Faut-il donc lorsqu’on est jolie,
Lorsqu’on a l’œil clair et vivant
Engendrer la mélancolie ?
Autant vaudrait être au couvent !
Laissons les critiques moroses
En tristes sermons s’épuiser,
Aimons, aimons, nos lèvres roses
Sont bien faites pour le baiser.
Au refrain
Un grain de gaieté, de folie,
Empêche heureusement de voir
Trop en noir cette pauvre vie…
Mais on sait faire son devoir.
Plus d’une qui hante et babille.
Fille aux sentiments fiers et grands,
Soutient noblement sa famille,
Petits frères et vieux parents…
Au refrain
L’autre soir un type à la pose
Au jardin m’aborde, et… crûment,
Ila l’toupet d’me parler d’la chose.
Et bien alors ? Et le sentiment ?
Ma réponse, on se figure,
Jusqu’au quai je le remorquai,
Là,j’lui fis connaitre ma pointure…
Un cinq trois quarts, bien appliqué.
Au refrain
Oh ! Quant à l’amour pas de triche !
Lorsqu’elle a trouvé son vainqueur,
Elle donne, n’étant pas riche,
Tous les trésors de son grannd cœur
Car ce n’est pas chez la gantière
Qu’on prête l’oreille aux fareurs !
Ell’ donn’ des enfants à leur père
A la France des défenseurs !
*** Traduction