La mondée autrefois

La mondée autrefois 

Vinay est le coeur de la noix…de Grenoble !

A la fin du mois de septembre, les noix commencent à mûrir, la pluie fait tomber la « purge» : il y a de belles noix, mais aussi des véreuses, des creuses, … Pendant quelques jours, il faut ressuivre les noix qui tombent, tous les jours, dans des paniers à côtes de châtaignier. Bien sûr, il faut les laver, et les monter sur la claie pour les faire sécher. Ces premières noix ne sont pas faciles à trier, c’est souvent celles-ci que l’on garde pour les casser et les monder l’hiver…

C’est seulement après la purge que les belles noix « Franquette, Mayette, Parisienne », tombent et sont bien séchées, bien emballées dans des sacs de 50 kilos bien cousus. Après la Toussaint, ces sacs partent pour l’Amérique : toutes ces noix étant vendues aux Américains (ça a bien changé !)

La semaine passée, le Joseph et la Marie ont décidé de faire une mondée samedi soir. Deux jours avant, le Joseph, assis sur une chaise, une tuile sur le genou, s’est mis à casser de grands sacs de noix, avec sa massette en buis, et la Marie s’est mise après inviter tous les voisins.

Le samedi, juste avant la nuit, le Joseph a vidé tous les sacs sur la grande table, dans la cuisine… ça faisait un beau tas de noix cassées!

Quand la nuit est tombée, les voisins sont arrivés, ils étaient une vingtaine, ils ont bu un canon et se sont mis au travail autour de la grande table. Ils décortiquaient les noix cassées, et mettaient les cerneaux dans de petites corbeilles, et faisaient tomber les coquilles par terre, tout ça dans la bonne humeur, …il y en a qui racontaient des histoires, quelques fois un peu grivoises, ou dévergondées, « à faire rougir un tuyau de poële », ce qui faisait rougir les femmes. Et puis, il fallait boire un canon de temps en temps pour s’éclaircir la voix…

Ceux qui avaient du coffre poussaient une chanson: d’abord, celles qui chantaient la nature « les blés d’or, le temps des cerises, … » et puis, des chansons salées et poivrées, qui faisaient éclater de rire, comme « l’épine et l’écu », à prendre, bien sûr, du bon côté ! …

Après chacune de ces chansons, tout le monde braillait en cœur : « il a chanté comme un cochon, la faridondaine, il a chanté comme un cochon, la faridondon » … Et puis, il fallait faire les bans en se tapant dans les mains : « un, deux, trois, un, deux, trois, quatre, cinq ». Il y en avait toujours un qui se trompait, et devait, comme amende, chanter une chanson, ou raconter une histoire !

Si bien que le temps passait vite, le tas de noix sur la table baissait, le tas de coquilles sous la table montait, les femmes avaient le tablier plein de coquilles que le voisin faisait, quelques fois, tomber sous la table …et le tas de noix a fini par disparaître !

Alors les femmes ont pris des balais, et se sont mises à rassembler les coquilles, que les hommes mettaient dans des sacs.

Quand tout a été débarrassé, les femmes ont apporté la collation, du saucisson, avec du beurre, des caillettes, tome de chèvre, petafine, avec le bon pain que le Joseph avait fait cuire au four, avec des tartes à la courge et aux pommes… Il y avait aussi les poires-martin sèches, bien confites pour manger à la fin, tout ça, bien sûr, arrosé de bacô ou de clinton! … il y en a qui se sont remis à raconter des histoires. Le Joseph a même sorti son harmonica, et quelques courageux se sont mis à danser.

Mais voilà que l’horloge a sonné minuit: Il fallait se séparer et les voisins sont repartis en disant « au revoir, et à la semaine qui vient, chez nous! »

Tout ça a bien changé: maintenant, il y a des machines pour cultiver, pour secouer les noyers, pour ramasser, pour faire sécher et trier les noix, les casser, et même les monder… heureusement, il y en a encore quelques-uns qui se rassemblent avec les voisins devant la cheminée, pour monder, raconter des histoires, chanter, danser… manger un peu, et, bien sûr, boire un petit canon