Un lexique ?
Francillonâ est l’ébauche d’un nouvel Album du Dauphiné, un album qui n’omettrait pas l’essentiel, les parlers autochtones comme on dit de nos jours – le françoprovençal et le Vivaro-Alpin, variante dauphinoise de l’Occitan – Francillona dans sa version actuelle s’appuie essentiellement sur le « Dictionnaire du Patois des environs de Grenoble » d’Albert Ravanat publié à Grenoble en 1911. Il faudra lui adjoindre une partie occitane. Les Comares s’activent en ce sens.
Qu’on m’entende bien, le patois est mort, à part pour quelques passionnés qui essaient de le faire renaitre à l’ombre des noyers du côt é de Vinay et de saint Vérand. Plus personne ne le parle, même dans le déduis, c’est dire s’il est bien mort ! Une petite enquête menée par mes soins dans le plus strict anonymat auprès de patoisants des deux sexes l’établit formellement. Deux raisons essentielles à cet état de chose navrant, le fait que l’un des partenaires n’entende ni ne parle le patois, ce qui ne facilite pas les préliminaires, une maîtrise insuffisante du vocabulaire chez l’un ou l’autre entraînant rires ou querelles, avec toutes les conséquences que l’on imagine. Aucune prétention « scientifique », tout au plus un salut à L’Adelphine et à ses copines, les dernières authentiques patoisantes que j’ai connues.
Elles étaient nées dans les années 1880 / 90… Je les revois encore discuter sur la place du château, entre les rails du tramway et la statue du Centenaire de l’Assemblée de Vizille (une sinistre mascarade soit dit en passant). C’était juste après la guerre, j’étais une toute petite fille. Je ne comprenais rien à ce qu’elles disaient. A leur rire, il valait sans doute mieux… Leurs mots s’accordaient si bien avec les arbres de la place, les maisons, le château, le vieux parapet du pont, que je compris tout de suite que c’était la vraie langue du pays, la langue naturelle de la Gran, que je la parlerai moi aussi un jour, quand je serais plus grande et en âge d’avoir un amoureux, puisque manifestement c’était une langue pour parler des amoureux et de ce qu’ils font. J’ai grandi, la Gran et ses amies sont parties, j’ai appris le français, quelques vagues mots d’anglais et d’allemand au lycée, des pages et des pages de latin de cuisine à l’église, jamais le dauphinois… Mais je l’ai parlé, sans le savoir, naturellement, comme on le parlait à la maison, quelques mots épars dans la conversation à la place de mots français. Une femme pas franche était boame, les petits oiseaux étaient des repatets, les femmes légères des cocoares et quand je disais bonjour en rentrant, je recevais en retour un bonjour atou. Plus je relis les notices de « Francillonâ » plus je me rends compte de la place que ces mots tenaient encore dans le langage parlé d’une famille vizilloise dont les parents étaient nées dans les années 10 du siècle dernier.
Pour terminer, je voudrais aussi préciser qu’en matière de patois il n’est guère d’autorités s’agissant de la grammaire ou de l’orthographe. Il y a bien des codes, des conventions, des signes spécifiques que les philologues emploient – et auquel mes estimables collègues, sans doute dans l’espoir d’obtenir quelques subsides, se seraient volontiers rangé , mais que la vieille Dauphinoise d’Origine et d’ Appellation que je suis, n’a aucune envie d’apprendre ou d’employer. Francillonâ, une occasion de parler patois, parler du patois, en inventant les mots qui nous manquent, en ignorant la grammaire, les bonnes tournures… Bref un patois libre.
Mâme Enguerrand