Francillonâ

Francillonâ

Le lexique Dauphinois / Français des Comares

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Francillonâ

Vouéla l'Affare

Francillonâ n’est ni un dictionnaire, ni un lexique, mais un jeu un jeu, un juè avec des mots, un jeu sur les mots, des mots de langues que plus grand monde ne parle ou comprend : Le Francoprovençal, version Garnoblo, Vezilye, Vinay, La Mûra ou l’occitan – Vivaro-Alpin – de Charpey, Dia, Livron, Gap ou Ambrun. Francillonà n’est en fait qu’une infime partie du BLS – Baillé Lo Sauzo – la base de données linguistique des comares qui sera peut-être mise en ligne un jour si ren ne fa baillé du na din la terra à la Chourêla.

Dans la version publiée ici, Francillonâ reprend le Dictionnaire du patois des environ de Grenoble d’Albert Ravanat Un ouvrage d’une misogynie peu commune, volontiers égrillard, obsédé par la chose, bref le produit de réunions arrosées de petits bourgeois frustrés s’encanaillant – s’il en était besoin – dans une auberge de Proveysieux. Il sera peu à peu complété par des commentaires et des mauconsets aux filli de bona mare, bonnes épouses et filles à marier, des Comares et de moi-même. Il sera illustré d’image soigneusement choisies ponctué de jeux – les jouès du Toyeno ;

Mais qu’on m’entende bien, je l’ai dit cent fois à ce baiana de Childéric, le patois est mort. Plus personne ne le parle, tout le monde francillonâ, même dans le déduis, c’est dire s’il est bien mort ! Une enquête menée par mes soins dans le plus strict anonymat auprès d’amis on ne peut plus dauphinois l’établit formellement. Deux raisons essentielles à cet état de chose navrant, le fait que l’un des partenaires n’entende ni ne parle le patois, ce qui ne facilite pas les préliminaires, ou n’ait qu’une maîtrise insuffisante du vocabulaire ou de la syntaxe entraînant malentendus, discussions, querelles voire – ce qui est peut-être le pire, de grands éclats de rire…

Les dernières authentiques patoisantes que j’ai connues, l’Adelphine C. et ses copines vivaient à Vizille au siècle dernier et étaient nées dans les années 1870… Je les revois encore discuter sur la place du château, entre les rails du tramway et la statue du Centenaire de l’Assemblée de Vizille (une sinistre mascarade). C’était juste après la guerre, j’étais une toute petite fille. Je ne comprenais rien à ce qu’elle disait. A leur rire, il valait sans doute mieux… Leurs mots s’accordaient si bien avec les arbres de la place, les maisons, le château, que j’ai compris tout de suite que c’était là la vraie langue du pays, la langue naturelle de la Gran, que je la parlerai aussi un jour, quand je serai plus grande et en âge d’avoir un amoureux, puisque manifestement c’était une langue pour parler des amoureux et de ce qu’ils font.

J’ai grandi, la Gran et ses amies sont parties, j’ai appris le français, quelques vagues mots d’anglais et d’allemand au lycée, des pages et des pages de latin de cuisine à l’église, jamais le Dauphinois… Mais je l’ai parlé, sans le savoir, naturellement, comme on le parlait à la maison, quelques mots épars dans la conversation à la place de mots français. Une femme pas franche était boame, les petits oiseaux étaient des repatets, les femmes légères des cocoares et quand je disais bonjour en rentrant, je recevais en retour un bonjour atou. Plus je relis les notices de Francillonâ plus je me rends compte de la place que ces mots tenaient encore dans le langage parlé d’une famille vizilloise dont les parents étaient nées dans les années 10 du siècle dernier.

Pour terminer, je voudrais aussi préciser qu’en matière de patois il n’est guère d’autorités s’agissant de la grammaire ou de l’orthographe. Il y a bien des codes, des conventions, des signes spécifiques que les philologues emploient – et auquel ce traître de Childéric, sans doute dans l’espoir d’obtenir quelques subventions se rangerait volontiers – mais que la vieille Dauphinoise avec Appellation d’Origine Contrôlée que je suis n’a aucune envie d’apprendre ou d’employer.

Une langue pour vivre, a fortiori pour renaître, doit être libre, libre d’emprunter d’autres mots, d’en abandonner, d’en déformer, d’en créer… Elle ne doit pas être une affaire d’universitaires – C’est l’école de Jules Ferry qui a tué les langues régionales comme on dit maintenant – elle n’a que faire des ethnologues, chercheurs et autres professionnels de la mise en bière, elle n’a pas besoin de musées, elle a besoin qu’on parle d’elle, d’être parlée, écrite, racontée, illustrée… Malmenée.

Mâme Enguerrand